“J’ai été mutilé dans un souci de normalisation”, témoigne une personne intersexe  | Neotrouve

“J’ai été mutilé dans un souci de normalisation”, témoigne une personne intersexe 

Camille, une personne née intersexuée, a saisi la justice pour dénoncer les mutilations dont se seraient rendus responsables les médecins qui lui ont assigné un sexe "arbitrairement" (photo d'illustration).Né intersexe, Camille a choisi de déposer plainte contre X, plus de 30 ans après avoir été opéré pour qu’on lui assigne un sexe masculin. Témoignage.

Il y a une quarantaine d’années, des médecins ont décidé que Camille (nom d’emprunt) serait un garçon. Il est né intersexe, présentant à la fois des caractéristiques sexuelles féminines et masculines. Entre ses trois et ses huit ans, Camille qui clame qu’il n’était “pas en danger”, à pourtant été opéré à sept reprises.

Après un parcours mêlant douleurs physiques, psychologiques et intenses questionnements, cet infirmier de 38 ans a déposé plainte en 2016 pour “violences volontaires sur mineur ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente”, relate 20 Minutes. Une première en France, qui n’a pas motivé de réponse officielle du corps médical pour le moment. Il souhaite dénoncer les “mutilations” qu’il a subies dès son plus jeune âge.

Des injections de testostérones lorsqu’il était nourrisson
Le trentenaire ne mâche pas ses mots.” Depuis que je suis petit, j’ai bien conscience qu’une fiction s’est construite sur mon dos. Pour les médecins, il faut qu’un garçon pisse debout et bande droit pour pénétrer un vagin et que les filles disposent d’un vagin pour se faire pénétrer”, explique-t-il à L’Express. “Entre mes neuf mois et mes trois ans, on m’a fait des injections de testostérone pour viriliser mon corps. Doit-on faire subir ça à un enfant? Je ne le crois pas”, poursuit-il.

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Sa plainte, déposée auprès du parquet de Clermont-Ferrand est l’aboutissement d’une longue réflexion, menée avec ses avocats Benjamin Pitcho et Mila Petkova. “Il faut du temps pour se rendre compte que ce qu’on nous a fait vivre n’est pas normal et pour comprendre qu’il n’y a pas de honte à avoir le corps que l’on a”, affirme Camille, qui souhaite garder l’anonymat pour que sa démarche n’empiète pas sur sa vie privée. Il est devenu militant il y a trois ans. “Quand je me suis lancé dans ce combat, je savais que ça serait un marathon”, ajoute-t-il, la voix posée.

“Ce n’est pas normal de transformer un corps qui est en bonne santé”
S’il a décidé de saisir la justice, c’est pour se faire le porte-voix de nombreuses personnes intersexuées et mettre fin à ces pratiques médicales qu’il fustige. “J’ai eu la chance de rencontrer de vieux militants inter [pour intersexe], qui n’ont pas eu les moyens de porter plainte pour les mutilations qu’ils ont subies, pour des raisons de prescription notamment. Moi qui étais en mesure de le faire, il fallait que je me lance”. Contrairement à d’autres, plus âgés que lui, il détient son dossier médical, pouvant apporter les preuves de son parcours et bénéficie d’une “sécurité matérielle et affective”. Car Camille le sait, “tout le monde n’est pas en capacité de donner de la voix sur cette question”.

Aujourd’hui, il veut lutter pour les “droits humains et la question de l’autodétermination de chacun” et souligne que “le droit international est bien plus en avance sur ce sujet que celui français”.

“Je ne demande pas une nouvelle loi, mais le respect de l’intégrité des enfants”, clame Camille. L’infirmier souhaite notamment que la sécurité sociale cesse de rembourser ces opérations.

“Encore aujourd’hui, des équipes médicales veulent intervenir sur un corps pour le normaliser, mais ce n’est pas normal de transformer un corps qui est en bonne santé, seulement pour correspondre à des normes!”, s’emporte-t-il.

Pour appuyer son propos, il aime citer Vincent Guillot, le cofondateur de l’Organisation internationale des intersexes: “Ce n’est pas parce qu’on a une petite bite ou un gros clitoris, qu’on a un problème de santé”

 

Source : “J’ai été mutilé dans un souci de normalisation”, témoigne une personne intersexe – L’Express

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