Manipulation psychologique : Qu’est ce que le gas lighting ?
L’expression gas lighting vient d’une pièce de théâtre datant de 1938 Gas Light connue sous le nom de Angel Street aux États-Unis, ainsi que les adaptations cinématographiques de 1940 et 1944 ont inspiré l’origine du terme qui désigne l’utilisation systématique de la manipulation psychologique du personnage principal sur sa victime. Dans cette pièce, le mari essaye de faire croire à sa femme et à son entourage qu’elle devient folle en manipulant de petits éléments de leur environnement, tout en essayant de lui faire croire qu’elle commet des erreurs et qu’elle a une mauvaise mémoire lorsqu’elle pointe les changements. Le titre original provient de l’affaiblissement de l’éclairage au gaz dans la maison lorsque le mari utilisait celui du grenier alors qu’il était en quête d’un trésor caché. Sa femme remarque justement ce changement et aborde le sujet mais son mari lui affirme qu’elle s’imagine ce changement de luminosité.
La première occurrence de Gaslighting dans ce sens apparaît en 1956[6]. Le terme décrit les manœuvres utilisées pour manipuler la perception de la réalité d’autrui. Dans un livre de 1980 à propos des abus sexuels sur mineurs, Florence Rush résume l’adaptation cinématographique de Gas Light par George Cukor et commente : « même aujourd’hui, le mot [Gaslighting] est utilisé pour décrire une tentative de détruire la perception de la réalité d’autrui
Le gaslighting consiste en une inversion des rôles coupable-victime. L’objectif de l’abuseur est de supprimer les réactions d’autodéfense de sa victime pour échapper aux sanctions qui lui sont dues. Cela lui permet également de reproduire ses abus plus facilement.
Le gaslighting est un cas particulier de diversion basée sur des manipulations verbales ou autrement subtiles (gestuelle, expressions faciales, intonations, attitude, etc.). À titre comparatif, dans les phénomènes de bouc émissaire, la culpabilité des souffrances d’un groupe est injustement attribuée à une entité externe au groupe d’abuseurs. Alors que dans le gaslighting, la culpabilité de la souffrance de la victime est injustement attribuée à la victime elle-même.
Dans le gaslighting, l’abuseur fait porter le chapeau des souffrances de sa victime à la victime elle-même ou à ses attributs ou capacités mentales ou psychologiques. Le manipulateur amène la victime à remettre en cause chacun de ses choix, sentiments, émotions, valeurs, etc. et la fait douter de sa santé mentale. Par exemple, pour dégrader l’estime de soi de la victime, l’abuseur peut l’ignorer fortement, puis la reconsidérer fortement, puis l’ignorer de nouveau, etc. Ainsi, la victime abaisse ses propres standards relationnels et affectifs et se perçoit davantage comme indigne d’intérêt. Mais aussi, elle ne parvient plus à faire confiance à ses sentiments d’attachement.
Outre l’état d’inaction dans lequel le doute positionne la victime, il la rend encore plus dépendante du manipulateur. La victime se dit parfois que si son abuseur voit ses faiblesses, c’est qu’il est plus fort qu’elle et donc qu’elle devrait lui faire confiance. Elle se dit aussi parfois que si son abuseur lui montre ses faiblesses, c’est qu’il se soucie d’elle (comme un médecin montre des blessures pour mieux les soigner).
Les manipulateurs peuvent aussi utiliser les phrases suivantes de manière récurrentes ou à chaque fois que leur pouvoir est remis en question.
- « Tu es trop susceptible. »
- « Tu prends les choses trop à cœur. »
- « Tu te fais des idées. »
- « De toute façon, tu n’es jamais content(e). »
- « Tu te trompes ou confonds (comme toujours). »
- « Ça ne va pas ? Tu dis des choses très bizarres. »
- « Tu ne sais pas ce qui est bon pour toi. » (après avoir fait souffrir)
- « Tu es seul(e) maître de ce qu’il t’arrive. » (après avoir mis dans une situation compromettante sans l’accord de sa victime voire contre son gré)
- « Tu es trop faible pour y arriver seul(e). »
- « Tu n’as aucune volonté (de t’en sortir). »
Comme décrit par l’essayiste Patricia Evans, les sept « signes d’avertissement » du gaslighting sont :
- La rétention d’informations à la victime ;
- Contrer les informations contradictoires pour s’adapter au point de vue de l’agresseur ;
- Minimisation de l’information émise par la victime ;
- Utilisation de l’abus verbal, généralement sous forme de blagues ;
- Bloquer et détourner l’attention de la victime de sources extérieures;
- Minimiser ou trivialiser la valeur de la victime ; et,
- Affaiblissement social de la victime en l’affaiblissant progressivement ainsi que ses processus de pensée.
Evans considère qu’il est nécessaire de comprendre les signes avant-coureurs afin de commencer le processus de guérison[11].